Petite histoire de la voile latine

La voile latine.

Date-t-elle des romains ? Non ! Ce serait trop facile.

Dans l’antiquité, en Méditerranée, les voiles étaient toutes carrées.

Mais pourquoi latine ? Il y a plusieurs hypothèses. Celle  la plus reconnue est la suivante. Cette  voile qui apparait après Rome est triangulaire, c’est nouveau. En latin le triangle c’était la trine.

Premières représentations de ces voiles- Un dessin de voile latine figurait, d’après Lucien Bach, sur une peinture murale en Egypte datant de l’an 600, appelée la felouque des Kéllia près d’Alexandrie. Mais la peinture et la copie se sont perdues.

Nous pouvons voir des représentations (miniatures) de bateaux à voiles latines, dans le manuscrit de  l’an 880, sur parchemin, relatant l’histoire de Grégoire de Nazianze: manuscrit dédié à l’empereur Basile Ier le Macédonien, conservé à la BnF .

Ce sont les représentations les plus anciennes et ce serait à partir de cette époque que la voile latine s’est répandue en méditerranée. Ce document n’est accessible en ligne que depuis 2012, il est encore peu connu. Voilà trois des miniatures de ce manuscrit.

 

Folio 239.  On voit bien la voile latine ferlée sur l’antenne, il y a un vrai capian. L’arbre (le mât) est incliné sur l’avant. L’homme debout, en rose, d’une main tient le timon de la rame gouvernail et tend l’autre main vers Grégoire (un évêque)  pour l’aider à embarquer. (clic sur image)

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Folio 367.  Cette barque ressemble bien à nos pointus actuels. Juste à gauche du capian, on voit le d’avant et l’orse poupe attachés au quart de l’antenne – La rame est seule comme timon de gouverne, et la voile latine est bien gonflée.(clic sur image)

 

 Folio 452. L’arbre (le mât) est tenu par le banc d’arboura et par les haubans, comme cela existe de nos jours sur nos pointus. La voile est ferlée sur l’antenne, l’homme à l’avant va la dérouler. On voit bien l’oste, cordage sur l’arrière de l’antenne  qui sert à maintenir l’orientation de l’antenne en jouant aussi avec l’orse et le d’avant.(clic sur image)

 

Pourquoi la voile latine est elle devenue rapidement majoritaire en méditerranée ?

Après la disparition de l’empire romain, les liaisons commerciales devenues dangereuses, se sont raccourcies. Le cabotage était majoritaire Les voiles carrées efficaces pour des longs parcours au portant, sont remplacées par les voiles latines qui rendent la barque plus manœuvrante. Elles permettent de longer la côte de plus près, et sont capables de mieux remonter au vent quand il n’est plus favorable.

Les galères du Roy arrivent de Marseille où elles sont basées.

Les bateaux successeurs des birèmes ou trirèmes romaines avec grand voile carrée  deviendront des galères à un seul étage de rames, gréées en général avec 2 grandes voiles latines. Elles seront utilisées peu à peu uniquement pour la guerre. Elles disparaissent des mers en 1800. (clic sur image).

Le gouvernail qui était utilisé depuis la nuit des temps en Chine, arrive au XVème en Europe, les bateaux vont pouvoir grossir. Les fameuses caravelles portugaises découvriront la côte occidentale africaine, grées en latin. Puis la petite caravelle Nina de la flotte de Christophe Colomb fera  la première traversée en 1492 avec un gréement latin à deux arbres. En Méditerranée, les nefs de commerce grandissent et adoptent des gréements avec 3 arbres à voile latine.

En Provence à partir du XVIIème, la barque de commerce la plus répandue pour le cabotage est la tartane.

Extrait du tableau de Joseph Vernet - La madrague à Bandol

C’est un gros pointu (entre 10 et 18m) avec grand voile latine. A l’avant elle a un arbre trinquet avec une petite voile latine.Le tableau de Joseph Vernet représentant la pêche aux thons à Bandol en 1745, montre la petite tartane du seigneur de Boyer. Arborant le drapeau blanc, elle avait une fonction militaire, représentante de l’autorité. (clic sur image)

Au XVIIIème l’arbre trinquet disparait, la polacre est hissée directement sur l’arbre maistre, on  l’appelle aujourd’hui le foc.

Les gros et petits pointus (tartanes et bateaux de pêche) à voile latine ont prospéré jusqu’en 1925, moment où les moteurs à essence ont été marinisés.

Barques aux îles Kerkennah en Tunisie

De nos jours, en Tunisie, des pêcheurs naviguent encore à la voile sur des petites unités (inférieures à 6,5m) . Ils n’ont comme moteur que la voile ou les rames.

Nos pointus à voile latine existaient déjà il y a 1100 ans, les plus grosses améliorations ont été il y a 600 ans le gouvernail,et il y a 100 ans le moteur thermique.

Longo mai !

Jean Grillon

Proverbe: « Si tu ne connais pas la voile latine, touches-y! »

Sources :

- Voiles Latines par Jean Huet, Philippe Rigaud et Bernard Vigne, édition Chasse-Marée 2004.

- Grégoire de Nazianze, manuscrit dédié à l’empereur Basile 1er le Macédonien. Années 879-883 écrit en grec ancien sur parchemin. 465 folios -Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits.

-Bateaux et Embarcations à Voilure Latine de Jules Vence Editions Challamel 1897

- Photo Musée National de la Marine extraits du tableau de Joseph Vernet – La pêche aux Thons à Bandol 1745.

- site: https://www.kerkenniens.com/tag/voile-latine/

Une réflexion au sujet de « Petite histoire de la voile latine »

  1. Bravo Jean pour toute cette recherche mise à notre disposition.
    Petit rectificatif en ce qui concerne le proverbe:

    « Sé mi counouissès pas
    Mi toquès pas ».

    « Si tu ne me connais pas
    Ne me touche pas ».
    (Le livre de J. Vence page 103)

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